Ostéotomie du genou : corriger l’axe de la jambe

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Quand l’envisager ?

Chez certains patients, les jambes ne sont pas dans l’axe. Quand elles sont en « O » (genu varum), le poids du corps s’exerce surtout sur la partie interne du genou, dont le cartilage s’use plus vite ; quand elles sont en « X » (genu valgum), c’est la partie externe qui est surchargée. Cela provoque une douleur du côté usé du genou, à la marche, au sport ou dans les escaliers.

L’ostéotomie est une alternative à la prothèse : elle conserve votre articulation en corrigeant l’axe de la jambe, pour déplacer les contraintes vers la partie du genou qui n’est pas abîmée.

Comment ça marche ?

Le chirurgien coupe l’os et modifie son angle pour redresser la jambe. Selon l’origine de la déformation, la coupe est faite dans le tibia (sous le genou) ou dans le fémur (au-dessus du genou). Pour un genou en « O », c’est le plus souvent le tibia, par une ouverture sur la face interne et une greffe d'os. L’os est maintenu par une plaque vissée jusqu’à sa consolidation.

Pour qui ?

La décision repose sur des critères précis, pas sur l’âge seul :

  • une jambe en « O » avec usure localisée sur le compartiment interne, ou une jambe en « X » avec usure localisée sur le compartiment externe

  • le reste du genou en bon état, avec une bonne mobilité

  • une activité physique ou professionnelle importante, et la volonté de garder son articulation

  • pas de surpoids important

Les résultats sont meilleurs chez les patients plus jeunes, actifs, sans surpoids. Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, une prothèse (voir la page Prothèse de genou) peut être plus adaptée.

Une correction planifiée sur mesure

La correction est préparée en détail :

  1. Un scanner des jambes, réalisé au moins 6 semaines avant l’intervention

  2. Une planification en 3D de l’angle de correction et du trait de coupe

  3. Un guide de coupe fabriqué sur mesure et une plaque adaptée à votre anatomie, qui sont reçus avant l’opération

Pendant l’intervention, le guide permet de reproduire le plan établi avec précision. C’est le délai de fabrication qui impose de réaliser le scanner plusieurs semaines avant.

Les études publiées rapportent une meilleure précision de la correction avec ces guides sur mesure qu’avec la technique conventionnelle. Leur bénéfice sur le résultat clinique à long terme est toujours à l'étude.

Ostéotomie et greffe de cartilage associée

Lorsqu’une lésion localisée du cartilage se trouve dans la partie du genou surchargée par l’axe de la jambe, réparer le cartilage sans corriger l’axe exposerait la greffe à la même surcharge. Pour une lésion de petite taille (jusqu’à environ 2 cm²), on peut donc associer les deux gestes dans la même intervention : l’ostéotomie corrige l’axe, et une greffe de cartilage morcelé (technique AutoCart) répare la lésion sous arthroscopie (voir la page Greffe de cartilage du genou).

Cette association est réservée aux lésions localisées dans un genou globalement en bon état : elle ne s’adresse pas à une usure étendue du cartilage. Les études publiées, qui portent surtout sur d’autres techniques de réparation du cartilage, rapportent de meilleurs résultats et moins de réinterventions lorsque l’axe est corrigé en même temps. Elle prolonge la protection du genou en début de rééducation.

Déroulement de l’intervention

Lors de la consultation, un examen clinique et des radiographies des deux jambes debout en charge, permettent d’établir l’indication et de planifier la correction.

L’intervention dure environ 1 à 2h selon qu'une réparation du cartilage ou des ménisques est associée, sous anesthésie générale et locorégionale. Selon la situation, l’os est ouvert pour ajouter un coin, ou un coin d’os est retiré. L'intervention a lieu en ambulatoire.

Suites et rééducation

Les pansements sont refaits tous les deux jours jusqu’à cicatrisation complète. La rééducation débute dès le lendemain, pour retrouver la mobilité du genou et renforcer les muscles de la cuisse.

Une attelle protège le genou pendant 6 semaines. L’appui est autorisé d'emblée avec l'attelle et deux cannes en cas d'ostéotomie simple. En cas d'ostéotomie complexe ou de greffe cartilagineuse associée, l'appui est contre indiqué 6 semaines. La remise en charge est ensuite progressive, avec une canne dans un premier temps.

Un dispositif de froid compressif, mis à disposition à domicile par un prestataire, aide à soulager la douleur et à limiter le gonflement.

Ce qu’on peut attendre de l’ostéotomie

L’ostéotomie ne rend pas un genou de 20 ans. Elle corrige l’axe de la jambe, mais elle ne reconstitue pas, à elle seule, le cartilage déjà usé, et l’arthrose reste présente. Son but est de soulager la douleur, de protéger la partie encore saine du genou et de ralentir l’usure. C’est un moyen de gagner du temps : elle permet de repousser la prothèse de plusieurs années, parfois de l’éviter, tout en gardant son genou naturel et une vie active.

Concrètement :

  • La douleur diminue, en général nettement, mais une petite gêne peut persister. Les effets se dessinent entre 3 et 6 mois et sont définitifs vers un an

  • Le bénéfice varie d’un patient à l’autre et diminue progressivement avec le temps : une partie des patients aura besoin d’une prothèse un jour. L’ostéotomie ne l’empêche pas : une prothèse unicompartimentale ou totale reste possible

  • Ce choix demande un effort : une rééducation contraignante et plusieurs semaines de protection du genou, pour un résultat qui se construit sur l’année

Un contrôle clinique et radiographique est fait à 6 semaines, 3 mois, 6 mois et 1 an.

Les chances de succès dépendent de l’état du reste du genou, de votre activité, de votre poids et de votre âge. Votre chirurgien vous précisera, selon votre cas, ce qu’il est raisonnable d’espérer.

Complications possibles

Elles vous sont expliquées lors de la consultation préopératoire :

  • Les complications liées à l’anesthésie, l’hématome, les complications thromboemboliques (phlébite, embolie pulmonaire)

  • L’infection du site opératoire, précoce ou tardive, traitée par lavage et antibiothérapie prolongée

  • La non-consolidation de l’os (moins de 5 %) : elle nécessite une nouvelle intervention avec greffe osseuse

  • La fracture, notamment de la tubérosité tibiale antérieure : elle nécessite une nouvelle fixation

  • Une gêne liée à la plaque, si tel est le cas vous pouvez choisir de la faire enlever

En bref

  • Hospitalisationambulatoire
  • Anesthésiegénérale + locorégionale
  • Temps opératoire1 à 2h
  • Durée rééducation6 à 9 mois
  • Arrêt de travail3 à 6 mois selon le travail
  • Reprise conduite automobile6 semaines
  • Reprise du sport6 à 9 mois selon le sport

FAQ

Pourquoi choisir une ostéotomie plutôt qu’une prothèse ?
Pour conserver son articulation et sa sensation de genou naturel, éviter les risques propres aux implants (infection de prothèse, descellement, usure), et reprendre une activité exigeante. La contrepartie : une rééducation plus contraignante et un résultat qui peut diminuer avec le temps.
Peut-on associer une greffe de cartilage à l’ostéotomie ?
Oui, dans la même intervention, lorsqu’une lésion localisée du cartilage se trouve dans la partie interne du genou. Corriger l’axe protège la réparation.
Puis-je avoir une prothèse plus tard ?
Oui. L’ostéotomie ne l’empêche pas : une prothèse unicompartimentale ou totale reste possible si l’arthrose évolue.
Mon poids joue-t-il ?
Oui. Un surpoids important augmente les contraintes sur le genou et diminue les chances de succès. C’est un critère de la décision, que votre chirurgien discute avec vous.
Pourquoi faut-il un scanner 6 semaines avant ?
Le guide de coupe et la plaque sont fabriqués sur mesure à partir de votre scanner. Ce délai de fabrication permet de préparer une correction précise, adaptée à votre anatomie.
Vais-je retrouver un genou comme à 20 ans ?
Non. L’ostéotomie corrige l’axe de la jambe, soulage la douleur, protège la partie saine du genou et permet de gagner plusieurs années avant une éventuelle prothèse. Elle ne reconstitue pas à elle seule un cartilage usé : une lésion localisée et de petite taille peut en revanche être réparée dans le même temps par une greffe de cartilage.